L’impact de l’entraînement sur la santé mentale
par Anthony Couturier, entraîneur-kinésiologue et partenaire.
On associe souvent l’entraînement à la santé physique. Pourtant, un aspect tout aussi important, mais souvent sous-estimé, est son impact sur le cerveau et la santé mentale. Ce lien, étudié depuis plusieurs décennies, est aujourd’hui bien établi et ses effets positifs se manifestent à plusieurs niveaux des fonctions cognitives et du bien-être psychologique. Dans cet article, on vous présente trois aspects clés de la santé cérébrale qui sont fortement influencés par l’entraînement.
Diminution du stress
Le stress physique induit par l’entraînement diminue la réactivité de l’organisme face aux autres sources de stress du quotidien. En exposant graduellement le corps à un stress physique sain, on construit une certaine résilience qui pourra être utile pour la gestion du stress à l’extérieur des périodes d’entraînement.
On observe notamment une baisse de la réponse cardiovasculaire - incluant la pression artérielle et la fréquence cardiaque - pouvant atteindre 15 à 25 % chez les individus ayant de meilleures capacités aérobies lorsqu’ils sont confrontés à un situation de stress (Forcier et al., 2006).
L’entraînement a également un effet bénéfique sur la régulation du cortisol, une hormone centrale de la réponse physiologique au stress. Une meilleure gestion de cette hormone du stress contribue à une récupération plus efficace après des situations stressantes. (Wood et al., 2018).
Amélioration des fonctions cognitives
L’entraînement en résistance exerce une influence profonde sur le cerveau. Il stimule la production de molécules clés comme le facteur neurotrophique dérivé du cerveau, qui favorise la plasticité cérébrale. Ces adaptations se traduisent par des améliorations concrètes des fonctions cognitives, notamment la prise de décision, la mémoire, la vitesse de traitement de l’information et l’attention.
Par ailleurs, l’entraînement contribue aussi à la prévention de l’atrophie de la matière blanche, favorisant ainsi le maintien de l’intégrité des connexions neuronales et de la communication entre les différentes régions du cerveau (Chow et al., 2021).
Mitigation des risques de dépression
Une analyse menée auprès de 6 000 participants âgés de 15 à 54 ans démontre un effet protecteur clair de l’activité physique face aux troubles dépressifs majeurs. Les individus physiquement inactifs présentent un risque de dépression majeure deux fois plus élevé que ceux qui sont régulièrement actifs (Goodwin et al., 2003).
De plus, l’entraînement et l’activité physique sont de plus en plus reconnus comme des avenues thérapeutiques à la suite d’un diagnostic de dépression (Stanton & Reaburn, 2014)
Un des mécanismes pouvant expliquer cet effet est la libération d’endorphines lors de l’exercice. Ces substances naturelles du cerveau produites durant l’activité physique réduisent la douleur et favorisent une sensation de bien-être, tout en aidant à mieux gérer le stress.
Conclusion
L’entraînement est un levier puissant qui dépasse largement le cadre de la performance physique. En influençant la régulation du stress, en améliorant les fonctions cognitives et en réduisant les risques de troubles dépressifs, il agit directement sur plusieurs aspects de la santé cérébrale et psychologique.
Ces effets combinés montrent que l’activité physique, et plus particulièrement l’entraînement structuré, contribue non seulement à renforcer le corps, mais aussi à optimiser le bien-être mental. Intégrer l’entraînement de façon régulière représente donc une stratégie simple et efficace pour soutenir à la fois la santé physique et mentale à long terme.
Références
Chow, Z. S., Moreland, A. T., Macpherson, H., & Teo, W. P. (2021). The central mechanisms of resistance training and its effects on cognitive function. Sports Medicine, 51(12), 2483–2506. https://doi.org/10.1007/s40279-021-01535-5
Forcier, K., Stroud, L. R., Papandonatos, G. D., Hitsman, B., Reiches, M., Krishnamoorthy, J., & Niaura, R. (2006). Links between physical fitness and cardiovascular reactivity and recovery to psychological stressors: A meta-analysis. Health Psychology, 25, 723–739. https://doi.org/10.1037/0278-6133.25.6.723
Stanton, R., & Reaburn, P. (2014). Exercise and the treatment of depression: A review of the exercise program variables. Journal of Science and Medicine in Sport, 17(2), 177–182. https://doi.org/10.1016/j.jsams.2013.03.010
Wood, C. J., Clow, A., Hucklebridge, F., Law, R., & Smyth, N. (2018). Physical fitness and prior physical activity are both associated with less cortisol secretion during psychosocial stress. Anxiety, Stress, & Coping, 31(2), 135–145. https://doi.org/10.1080/10615806.2017.1390083