Le minimum pour survivre n'est pas le minimum pour bien vieillir.
L'apport nutritionnel recommandé (ANR) est la quantité quotidienne d'un nutriment jugée suffisante pour répondre aux besoins de presque toute la population en bonne santé. Pour les protéines, l'ANR est fixé à 0,8 g par kilogramme de poids corporel par jour chez les adultes.
Pour une personne de 70 kg, cela représente environ 56 g de protéines par jour.
Concrètement, cette quantité pourrait être atteinte avec une journée comprenant, par exemple :
deux œufs au déjeuner (environ 12 g);
un contenant de yogourt grec nature de 175 g (environ 17 g);
100 g de poitrine de poulet cuite au dîner (environ 30 g).
On dépasse alors légèrement les 56 g, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à des suppléments.
Cependant, il est important de comprendre ce que représente cette recommandation. L'ANR correspond essentiellement au seuil permettant de maintenir les fonctions biologiques de base chez une personne relativement sédentaire. Il ne s'agit pas nécessairement de l'apport optimal pour préserver la masse musculaire, favoriser une bonne récupération ou soutenir un mode de vie actif.
Autrement dit, il existe une différence importante entre éviter une carence et favoriser une santé optimale.
Pourquoi les besoins augmentent-ils?
Nos muscles sont en constante évolution. Chaque jour, des protéines musculaires sont dégradées, puis reconstruites. Ce processus, appelé renouvellement protéique, dépend notamment de l'activité physique, de l'âge, de l'apport énergétique et évidemment de la consommation de protéines.
Lorsque les apports sont insuffisants pendant une période prolongée, le corps a plus de difficulté à maintenir sa masse musculaire. Cette perte peut être lente et passer inaperçue, mais elle influence progressivement la force, la mobilité et même le métabolisme.
Les besoins augmentent notamment chez :
les personnes physiquement actives;
les adultes de plus de 60 ans;
les personnes en réadaptation après une blessure;
celles qui souhaitent perdre du poids tout en préservant leur masse musculaire.
Que dit la recherche ?
Au cours des dernières années, plusieurs études ont démontré que des apports supérieurs à l'ANR procurent des bénéfices supplémentaires, particulièrement lorsqu'ils sont combinés à un entraînement en résistance.
Pour la majorité des adultes actifs, un apport quotidien situé entre 1,2 et 1,6 g/kg de poids corporel semble représenter une cible réaliste et bien documentée.
Cela signifie qu'une personne de 70 kg pourrait viser entre 84 et 112 g de protéines par jour, selon son niveau d'activité et ses objectifs.
Au quotidien, on peut penser à, par exemple :
déjeuner : deux œufs et 175 g de yogourt grec (environ 30 g);
dîner : 120 g de poitrine de poulet avec un repas complet (environ 35 g);
souper : un filet de saumon de 150 g (environ 35 g);
collation : 250 ml de lait ou une poignée d'edamames (8 à 15 g).
Sans être excessif, cet apport permet d'atteindre facilement les recommandations pour une personne active.
Il est intéressant de noter que les gains liés à un apport protéique plus élevé semblent atteindre un plateau autour de 1,6 g/kg/jour chez la plupart des personnes qui pratiquent l'entraînement en résistance. Cela ne signifie pas que consommer davantage est inutile : certains athlètes, les personnes en déficit calorique ou celles qui s'entraînent à un très haut niveau peuvent encore tirer profit d'apports allant jusqu'à environ 2,2 g/kg/jour. Ces situations demeurent toutefois plus spécifiques que les besoins de la population générale.
L’apport minimal en protéines.
par Patricia Houde, kinésiologue et conseillère en nutrition.
Lorsqu'il est question de nutrition, les protéines occupent souvent une place centrale. On les associe au développement musculaire, à la récupération après l'entraînement et au maintien de la santé avec l'âge. Pourtant, une question revient fréquemment : quelle est la quantité minimale de protéines nécessaire pour bien fonctionner?
La réponse est plus nuancée qu'un simple chiffre. Tout dépend de ce que l'on entend par « minimum ». S'agit-il de prévenir les carences? De préserver sa masse musculaire? D'optimiser ses performances ou sa composition corporelle? Ces objectifs n'impliquent pas tous les mêmes besoins.
Et la fameuse règle du « 1 g par livre »?
On entend souvent qu'il faudrait consommer 1 g de protéines par livre (lb) de poids corporel. Cette recommandation provient principalement du milieu de la musculation et du culturisme, où elle est utilisée depuis des décennies comme une règle simple à retenir.
Cette règle n'est pas fausse. En réalité, 1 g par livre équivaut à environ 2,2 g/kg de poids corporel, soit la limite supérieure des apports étudiés chez les personnes qui s'entraînent intensivement. Elle constitue donc une façon simple de s'assurer que les besoins sont couverts, sans avoir à effectuer de calculs plus précis.
En revanche, elle ne représente pas une cible universelle. Pour la majorité des adultes actifs, les données actuelles indiquent qu'un apport compris entre 1,2 et 1,6 g/kg/jour permet déjà d'obtenir l'essentiel des bénéfices en matière de récupération, de maintien de la masse musculaire et de composition corporelle.
La répartition est presque aussi importante que la quantité
Pendant longtemps, on s'est surtout intéressé au total quotidien de protéines. Aujourd'hui, on sait que leur répartition au cours de la journée influence également la synthèse des protéines musculaires.
Consommer la majorité de ses protéines uniquement au souper est moins efficace que de les répartir entre les différents repas.
Une stratégie simple consiste à viser environ 25 à 35 g de protéines à chacun des principaux repas, selon le poids et les besoins de la personne.
Voici quelques exemples de portions qui fournissent environ cette quantité :
120 g de poitrine de poulet cuite;
150 g de saumon;
170 à 200 g de tofu ferme;
250 g de fromage cottage;
300 g de yogourt grec nature;
environ 1½ tasse de lentilles cuites, combinées à des céréales comme le quinoa ou le riz.
Cette approche favorise une stimulation répétée de la synthèse musculaire tout au long de la journée.
Peut-on manger trop de protéines?
Chez les personnes en bonne santé, les données scientifiques actuelles indiquent que des apports supérieurs à l'ANR, même jusqu'à environ 2 g/kg/jour, sont généralement sécuritaires lorsqu'ils s'inscrivent dans une alimentation équilibrée.
Contrairement à certaines croyances populaires, rien ne démontre qu'une alimentation riche en protéines endommage les reins chez les individus sans maladie rénale préexistante.
Bien entendu, la qualité globale de l'alimentation demeure essentielle. Les protéines ne remplacent ni les fruits, ni les légumes, ni les fibres, ni les autres nutriments indispensables à la santé.
Les protéines végétales sont-elles suffisantes?
Oui. Les protéines végétales peuvent tout à fait répondre aux besoins quotidiens, à condition que l'alimentation soit suffisamment variée et que les apports totaux soient adéquats.
Les légumineuses, le tofu, le tempeh, les boissons de soya enrichies, les noix, les graines et plusieurs produits à base de protéines végétales permettent d'atteindre facilement les recommandations.
Certaines protéines végétales contiennent un peu moins de certains acides aminés essentiels que les protéines animales, mais une alimentation diversifiée au fil de la journée permet généralement de combler ces différences.
Comment savoir si l'on consomme suffisamment de protéines?
Il n'est pas nécessaire de tout calculer quotidiennement. Quelques indices permettent déjà d'évaluer ses habitudes.
Vous êtes probablement sur la bonne voie si :
une source de protéines est présente à chacun de vos repas;
vous pratiquez une activité physique régulière et récupérez bien;
votre poids et votre masse musculaire demeurent stables;
vous vous sentez rassasié après les repas.
À l'inverse, une alimentation très faible en protéines peut se manifester par une récupération plus lente, une perte graduelle de force, une faim persistante ou une diminution de la masse musculaire avec le temps.
En résumé
L'apport minimal en protéines dépend de la définition que l'on donne au mot « minimal ». Si l'objectif est simplement d'éviter une carence, l'ANR de 0,8 g/kg/jour demeure la référence. Toutefois, pour soutenir un mode de vie actif, préserver sa masse musculaire et favoriser un vieillissement en santé, la majorité des données actuelles suggèrent qu'un apport situé entre 1,2 et 1,6 g/kg/jour est souvent plus approprié.
Au-delà des chiffres, le plus important est d'adopter une alimentation équilibrée, de répartir les protéines au fil de la journée et de les intégrer dans un mode de vie qui inclut également l'activité physique, le sommeil et une récupération adéquate.
Les protéines ne sont pas une solution miracle. Elles constituent toutefois l'un des piliers les mieux documentés pour maintenir la force, la fonction et la santé à long terme.
Approche personnalisée
Le service de consultation en nutrition avec Patricia est disponible au Studio. Détails ici.
Conçu pour travailler avec vous, non seulement pour ajuster, mais surtout pour améliorer les habitudes alimentaires et répondre aux questions.
Grâce à la discussion, il s’agit en grande partie de simplifier les connaissances nutritionnelles, souvent nombreuses et complexes, afin d’accompagner dans la création d'un plan d’action personnalisé. Il ne s’agit pas d’établir un plan nutritionnel strict où tout est calculé. L’objectif est de guider vers un mode de vie plus sain en donnant les clés d’une alimentation équilibrée. Tout comme pour l’entraînement au Studio, les conseils transmis permettront de devenir autonome. Pour avancer avec confiance.
Références
Morton RW, Murphy KT, McKellar SR, et al. A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass and strength in healthy adults. Br J Sports Med. 2018;52:376-384.
Phillips SM, Chevalier S, Leidy HJ. Protein "requirements" beyond the RDA: implications for optimizing health.Appl Physiol Nutr Metab. 2016;41(5):565-572.
Jäger R, Kerksick CM, Campbell BI, et al. International Society of Sports Nutrition Position Stand: Protein and Exercise. J Int Soc Sports Nutr. 2017;14:20.