Nos capacités physiques façonnent notre perception du monde
par Anthony Couturier, entraîneur-kinésiologue et partenaire.
Il existe mille et une raisons de s’entraîner. Certains le font pour des raisons esthétiques, d’autres pour améliorer leur santé ou pour mieux performer dans un sport. Une autre raison, souvent méconnue, mais qui mérite tout autant d'attention, est l’impact des capacités physiques sur la façon dont nous percevons le monde.
Ce phénomène est expliqué dans le domaine de la psychologie par le concept de perception incarnée (embodied perception).
La perception incarnée propose que le cerveau n’évalue pas uniquement l’environnement à partir de ce que les yeux voient. Il tient aussi compte, de façon inconsciente, de ce que le corps est capable de faire dans cet environnement. Autrement dit, la perception du monde est constamment influencée par les capacités physiques. Ce qui est perçu comme étant accessible ou impossible dépend en partie de ce que le corps permet de réaliser.
Chaque jour, nous interagissons avec notre environnement sans même y penser. Monter des escaliers, transporter des sacs d’épicerie ou courir pour attraper un autobus sont toutes des situations où notre cerveau associe les exigences de la tâche à nos capacités physiques.
Plusieurs études scientifiques ont mis ce concept à l’épreuve et les résultats sont assez unanimes: les attributs physiques impactent la perception de la difficulté d’une tâche. Par exemple, un individu en moins grande forme aura tendance à évaluer l’inclinaison d’une pente à la hausse (Bhalla & Proffitt, 1999). Cette perception de la tâche comme étant plus difficile entraîne dans la majorité des cas un évitement de la dite tâche (Eves et al., 2014).
Pour une personne en bonne condition physique, une pente semblera moins abrupte, une boîte paraîtra moins lourde et une longue marche semblera plus accessible. L’environnement reste le même, il est seulement perçu comme étant plus accessible.
L’amélioration des capacités physiques ne sert donc pas uniquement à courir plus vite, plus loin ou à soulever plus lourd. Elle sert à influencer directement notre qualité de vie en réduisant le coût physique de presque toutes les activités du quotidien.
Lorsque l’on améliore sa force, sa puissance, son endurance ou sa mobilité, on augmente le plafond de ce que l’on est capable de faire. Le corps opère donc au quotidien à une plus petite fraction de sa capacité maximale rendant tout plus facile.
Bref, au-delà de l’apparence et de la performance, l’entraînement transforme notre relation avec le monde qui nous entoure. En développant ses capacités physiques, on change la façon dont on perçoit ce qui est possible et on réduit les barrières imposées par notre environnement.
Références
Bhalla M, Proffitt DR; New Collective Author. Visual-motor recalibration in geographical slant perception. J Exp Psychol Hum Percept Perform. 1999 Aug;25(4):1076-96. doi: 10.1037//0096-1523.25.4.1076. PMID: 10464946.
Eves FF, Thorpe SK, Lewis A, Taylor-Covill GA. Does perceived steepness deter stair climbing when an alternative is available? Psychon Bull Rev. 2014 Jun;21(3):637-44. doi: 10.3758/s13423-013-0535-8. PMID: 24197656; PMCID: PMC4031423.